HISTOIRE DE LA BASE AERIENNE 102

Préliminaires :

 

1914-2016, ce sont 102 années d'histoire de l'aviation militaire, et d'excellence, écrites dans le ciel dijonnais.

Cette belle histoire prend ses racines dès 1910, à l'occasion de la première manifestation aéronautique dijonnaise organisée du 22 au 25 septembre sur le terrain d'exercice de la Maladière à Dijon, mis à disposition par l'armée et transformé pour un temps en «  champ d'aviation ».

C'est là que les aviateurs les plus célèbres de l'époque , les Barrier, Renaux, Hanriot, Rigal et bien d'autres, ont rivalisé d'adresse dans les épreuves de vitesse, de temps de vol , d'altitude.L'enthousiasme, des quelques 35,000 spectateurs était au rendez vous.

Fort de cette réussite, une nouvelle manifestation aura lieu sur le même terrain les 28 et 29 mars 1911 à l'occasion de l'inauguration du parc d'aviation de Dijon, qui accueille l'arrivée de la première étape de la course Paris- Rome- Turin, consistant à parcourir 2035 km en 9 étapes.

1914-1939 : à la recherche d'une vocation :

Ses premières escadrilles :

L'ère de l'aviation dijonnaise était lancée l'année suivante, la loi du 29 mai 1912 instaurant l'aéronautique militaire, prévoyait l'installation en France, d'un certain nombre de « centre d'aviation ». Dijon, par son intérêt dans sa situation stratégique fût de suite choisi pour l'installation d'un de ces centres devant même être "le plus important de France".

Le terrain de la Maladière, trop exigu et n'offrant pas de possibilités d'extension, c'est une vaste zone de terrains plats situés sur les communes d'Ouges et de Longvic qui est retenue. Après l'acquisition des premières parcelles en juillet 1913, quelques baraques en bois et hangars Bessoneau y sont rapidement montés . Les mois précédents l'entrée en guerre de la France, virent la construction de bâtiments en dur et de casernements pour l'accueil d'un régiment d'aviation , zone vie appelée "quartier Ferber" ( précurseur de l'aviation). L'état des installations permit l'inauguration du camp le 28 mars 1914, devenant le siège du 1er groupe d'aviation, constitué de 4 escadrilles de 6 avions chacune, ayant vocation de reconnaissance et d'observation:

- L'escadrille BR 14 équipée de Breguet U1

 - L'escadrille BL 18 équipée de Blériot XI

 - Les escadrilles HF 19 et MF 20 équipées d'avions Henri Farman 20 et Maurice Farman 7.

Avec ces 4 escadrilles, le Centre d'Aviation est totalement opérationnel au printemps 1914 et ses avions peuvent participer aux premières manœuvres aériennes et à l'entrainement aux missions d'observation qui lui sont dévolues.

Participation à l'effort de guerre :

Dès le 1er août 1914,le plan de mobilisation est mis en œuvre pour un départ des escadrilles sur la ligne de front programmé pour les jours suivants. Tout au long de la guerre, elles effectueront des missions de reconnaissance décisives sur les lignes ennemies , et permettant également de fructueux réglages d'artillerie au profit des 1ères et 2e armée.

Durant ces années de guerre, l'activité du Centre ne faiblira pas pour autant : la 2è réserve, nouvellement installée , va assurer la centralisation et le stockage de matériels aéronautiques , avions , moteurs .... et sa réexpédition vers les parcs aéronautiques.

De plus, les pilotes convoyeurs de Dijon, sont chargés de livrer aux escadrilles du front, les nouveaux avions.

La participation à l'effort de guerre, sera également effective par la mise en place sur la plateforme de l'école Voisin, ayant pour vocation la formation de pilotes et mécaniciens dont le besoin est sans cesse grandissant dans les escadrilles au combat.

Parmi les pilotes formés, figurent des noms célèbres, tels que René Fonck, Marcel Jeanjean ou Roland Dorgelès.....

Des As au camp d'aviation :

La notoriété acquise du Centre d'Aviation de Longvic, durant les premières années de guerre, lui valait d'être choisi pour accueillir deux cérémonies prestigieuses :

- le 13 mai 1916, le premier drapeau de l'aéronautique militaire est

présenté au 1er groupe d'aviation de Dijon par le jeune et fougueux sous lieutenant Guynemer, déjà auréolé de gloire par son courage et ses succès aériens. Cette cérémonie était présidée par le lieutenant colonel Girod, inspecteur général des armées et y assistaient de nombreuses délégations d'officiers  de l'aéronautique militaire, de marins de l'armée de terre, ainsi que le public dijonnais venu en grand nombre.

- le 20 juin 1918, ce même drapeau est présenté aux différentes troupes de la garnison par le capitaine René Fonck, l'as des as de la grande guerre aux 75 victoires, il incarnait la supériorité de l'aviation française, tout comme Guynemer, son héroïsme.

1920, réorganisation, création des groupes de reconnaissance :

Durant la guerre, l'activité du Centre d'aviation, nécessite à plusieurs reprises l'acquisition de terrains pour la réalisation de nouvelles constructions. Une reconnaissance aérienne allemande en date du 4 septembre 1917 met en évidence une telle évolution des installations réparties sur 210 hectares, avec 40 hangars.

Après l'armistice, l'école d'aviation est dissoute et la 2ème réserve quitte le camp de Dijon-Longvic, camp qui assurera durant de longs mois le démontage et la casse d'un certain nombre des quelques 3500 avions existants, avant de reprendre sa vocation première vouée aux escadrilles de reconnaissance. Ainsi est crée, le 1er janvier 1920, le 2éme régiment d'observation (2e RAO), articulé en 4 groupes de 8 escadrilles, reprenant les insignes de tradition d'escadrilles crées au cours de la guerre.

BR 220, BR 111, BR 201, BR 210, BR 35, BR 244, BR 7 et BR 11, ces escadrilles sont toutes équipées du célèbre et robuste Breguet 14, biplan haubané de 1700 kg propulsé par un moteur Renault de 280 cv .

Ce 2é régiment , prend , dès le 1er août suivant, le nom de 32é RAO, à 6 escadrilles sous les ordres du lieutenant colonel de Vergnette de la Motte. En ce même mois d'août 1920, est crée le Magasin Général n°2 ( MGA 2), chargé du stockage de la réserve de guerre, des grosses réparations d'avions et d'automobiles et du ravitaillement en matériel aéronautiques de certains régiments et écoles d'aviation. En 1925, et pour une durée de deux ans, deux escadrilles sont détachées en Algérie dans le cadre de la guerre du Rif.

Au fil des années suivantes, d'importants chantiers sont ouverts donnant naissance à de nouveaux hangars métalliques et à la construction d'un gigantesque hangar compensé de 260m de long et 40m de large, dû à la société Dubois.

Un important réseau de voies ferrées de 60cm installés aux fins de desserte des différents ateliers et magasins disséminés sur toute l'emprise du terrain. De plus, un raccordement au réseau PLM permet alors l'apport de carburant par voie ferrée.

Meetings et records des années 20 :

Le Camp d'aviation sera le théâtre de nombreux meetings tout au long des années 20. Le premier se déroulera le 21 mai 1923, occasion pour le public nombreux, d'assister aux évolutions des as et des virtuoses de l'acrobatie de l'époque. Les meilleurs pilotes rivalisent d'audace dans les différentes courses et compétitions : René Fonck, Sadi Lecointe, et bien d'autres .....

C'est également l'époque des grands raids et de la participation des escadrilles aux différentes coupes militaires permettant d'affirmer le prestige du 32è régiment d'aviation de Dijon-Longvic. Le record du monde d'altitude est battu le 20 avril 1925 par le capitaine Clauzel, atteignant 9 325 m en 3 heures de vol sur son Breguet 14 muni d'un compresseur Rateau. Un raid de 23oo km réalisé en 18 heures de vol  dont 3 de nuit est établi le 6 août 1926 par des les sergents Lafannechez et Brainier. Six Breguet 19, sous les ordres du capitaine Wizen réalisent pour la première fois un raid nocturne en patrouille entre Dijon et Metz. Le 31 août 1928, la coupe Military Breguet est remportée par une escadrille de 5 Breguet 19 commandée par le capitaine Rouxel.

Les débuts de l'aviation de chasse :

Le 1er avril 1923, le Centre d'Aéronautique Militaire de Longvic, prend le nom de "Centre d'Aviation Militaires d'Ouges-Longvic. C'est ici que sont crées en juin 1924, les deux premières escadrilles de chasse intégrées au 32è RAO qui devient, de fait, le 32é Régiment d'Aviation Mixte (32è RAM). Il s'agit des escadrilles SPA 15 et 77, issues du 2è Régiment d'Aviation de Chasse.

Le chasseur biplan Nid 29 équipe ces nouvelles escadrilles, d'un poids de 1100 kg, armé d'une mitrailleuse Vickers de 7,7 mm, atteignant les 230 km/h et monter à une altitude de 7500 m. En janvier 1928, une nouvelle escadrille voit le jour, la SPA 78, suivie le 31 décembre 1931 par la SPA 73. 

En ce qui concerne la modernisation des groupes d'observation, ils échangent leurs vieux Breguet 14 contre l'imposant Breguet 19 qui constituera la cheville ouvrière des escadrilles d'observation jusqu'en 1934. Malgré son poids total de 2400 kg, il volait à plus de 200 km/h propulsé par un moteur de 480 cv.

La modernisation des avions de chasse se poursuit ainsi avec le remplacement en 1929, des Nid 29 par le Wibault 72, monoplan entièrement métallique propulsé par un moteur Gnome et Rhône "Jupiter" de 420 cv. Il était équipé de deux mitrailleuses Levis de 7,7 mm.  Cet avion peu fiable laissera un souvenir mitigé aux pilotes.

Aviation civile et aéroclub :

Au début des années 20, après l'acquisition de nouvelles parcelles au sud est du terrain d'aviation, l'activité aérienne commence à être partagée entre civils et militaires, l'aérodrome devenant mixte. Principalement utilisé comme escale aérienne durant les premières années, il faudra attendre le 18 novembre 1930 pour voir la première liaison civile entre Dijon et Paris par un monomoteur Fokker VII. En complément de cette activité, Marcel Haegelen , ancien as de guerre, crée en 1923, l'Aéro Club de la Côte d'Or, implanté à côté des installations  de l'aviation civile.

 

Outre ses activités propres à son aéro-club, il s'engage dans le soutien de l'aviation militaire en créant l'école prémilitaire de mécaniciens, puis en 1936, par la création d'une "Section d'Aviation Populaire", selon les directives de Pierre Cot, ministre de l'air. L'Aéro-Club de la Côte d'Or sera l'hôte du terrain jusqu'en 1956, date de son transfert à Darois.

L'affirmation de l'aviation de chasse :

Suite à la réorganisation de l'armée de l'air en 1932, et à sa prise d'identité en 1934, onze régiments d'aviation sont transformés en "escadres" et le 32è RAM de Dijon est dissous le 22 juillet 1932. Le 1er octobre suivant, la 2è brigade aérienne est créée, comprenant la 7è escadre de chasse, la 32è escadre d'observation et la 52è escadre de grande reconnaissance, l'escadron d'entraînement, le Parc d'Aviation 102. Le Camp d'Aviation d'Ouges-Longvic, devient alors la Base Aérienne 102.

La 7è escadre de chasse, sous les ordres du lieutenant colonel PInsard, as aux 27 victoires, est constituée par deux groupes de chasse,

le GC 1/7 et le GC 2/7, comptant chacun deux escadrilles, les SPA 15 et 77 pour le 1/7 et les SPA 75 et 78 pour le 2/7. Le Wibault 72 encore en service sera rapidement remplacé par un appareil plus moderne, le Nieuport Nid 62, chasseur sesquiplan de 500 cv pouvant atteindre 280 km/h, armé de deux mitrailleuses de capot Vickers.

En octobre 1933, un nouvel avion de chasse équipe les unités de la 7è escadre : le Morane Saulnier MS225, performant et très maniable. C'est grâce à cet avion que la 7è va devenir la vitrine de l'armée de l'air en 1934 suite à la création d'une patrouille acrobatique sous l'impulsion du commandant d'escadrille, le lieutenant.colonel Pinsard.

Trois sous officiers, Bario,Relière et Bertrand, aguerris sur ce type d'avion, après avoir été formés à la voltige à Etampes, sanctuaire du vol acrobatique , en seront la cheville ouvrière.

Cette patrouille dirigée par le commandant Weiser, commandant du 1/7, va acquérir rapidement une grande popularité due, surtout aux figures acrobatiques réalisées à trois avions attachés les uns aux autres par une cordelette d'une dizaine de mètres. Une avant première ! Dès lors, cette patrouille appelée Cirque Weiser, sera la vedette incinstestée de tous les meetings jusqu'en 1938, date à laquelle elle cessera son activité.

C'est à partir de 1938 que la 7è escadre se voit doter d'un nouvel appareil, le Spad 510, chasseur biplan, métallique, équipé d'un moteur Hispano Suiza de 690 cv lui conférant une vitesse de 370 km/h. Il est armé de la mitrailleuse MAC 34 de 7,5 mm.

En octobre 1936, la 3è escadre de chasse basée à Châteauroux est affecter sur la BA  102, qui voit se renforcer sa vocation "chasse", prenant le pas sur la reconnaissance et l'observation, prédominance qui se verra confirmer avec le départ de la 52è escadre de reconnaissance en 1937 .

Cette 3è escadre de chasse composée de des SPA 86, 69, 37 et 51 est placée sous les ordres du commandant Lamon , est équipée de Dévotion D500 et D501.


Ce sont les premiers chasseurs dit "modernes" de l'armée de l'air, à ailes basses et train fixe. Ces appareils sont entrés en service  1935 et sont équipés d'un moteur Hispano Suiza de 690 cv, pouvant atteindre les 371 km/h à 5000 m. Son armement comprend 2 mitrailleuses d'ailes Darne de 7,5 mm et deux mitrailleuses de capot . La version D501 se singularise par la possession d'un canon de 20 mm installé dans l'axe du moteur.

 

Dans le courant de l'année 1938, la 7è escadre est la première unité française à recevoir un chasseur moderne,à train rentrant. le Morane-Saulnier MS405.

Puis quelques mois plus tard, le MS 406, avion à train rentrant, hélice tripale à pas variable et à volets d'intrados. Il est propulsé par un moteur Hispano Suza de 860 cv lui permettant d'atteindre 486 km/h et un plafond de 9400 m. Il est armé d'un canon HS 404 de 20 mm et de deux mitrailleuses d'aile Mac 34 de 7.5 mm. Construit en grande série, 1068 pour l'armée de l'air, il fût avec le Devoitine D 520, le chasseur standard de l'armée de l'air française durant la campagne de France.

                                               1939-1945  LA BA 102 DANS LA TOURMENTE

Dans la perspective d'une guerre prochaine, l'état major de l'armée de l'air décide de renforcer les escadres de chasse. Ainsi, les 3è et 7è escadres de la base vont passés de 2 à 3 groupes équipés de MS406. Le 1er mai 1939, le GC (groupe de chasse) 3/7 est officiellement crée avec 2 nouvelles escadrilles, la SPA 152 et la "Furie", ainsi que le GC 3/3, avec la SPA 150 et 'Le Pirate". Ainsi renforcées, ces deux groupes sont prêts à affronter l'ennemi, la guerre déclarée. Leur départ à destination de leur terrain d'opérations commence le 27 août en fin d'après midi par la mise en route de la 7è escadre , du GC 1/3, puis le 28 au matin, des GC 2/3 et 3/3. Ces départs seront endeuillés par une terrible catastrophe en ce matin du 28 août. Les MS 406 du GC 3/3 sont surpris par un épais brouillard, peu après leur décollage de la base. Le chef du dispositif prend la décision malheureuse de passer sous la couche du brouillard occasionnant la chute de 6 avions dans le Jura, causant la mort de 2 pilotes et des blessures graves à 3 autres.

Durant les premiers mois de guerre, après le départ des escadres de chasse et de reconnaissance, l'activité aérienne s'en trouve fortement réduite. Le 1er septembre 1939, la base accueille l'état major de la 32è escadre, le groupe de bombardement GB 1/32 et ses 13 bombardiers Bloch 200, bimoteurs quadriplace de 1720 cv. Le groupe effectuera quelques rares missions de guerre avant de se replier sur la base d'Orange au mois de décembre. C'est au cours de ce mois, que le Centre d'Entretien Spécialisé 5/108 s'installe sur la BA 102 avec la charge de la préparation, de l'affectation et de la réparation des cellules et moteurs des MS 406.

Le 27 décembre 1939, le GB 2/34 arrive sur la base, avec ses 13 Amiot 143, répartis en deux escadrilles , les BR 224 et 227, accompagné de l'état major de l'escadre. Une mission de reconnaissance a lieu sur l'Allemagne à la fin de décembre et cinq missions de nuit dans le courant du mois de janvier 1940. Le GB 2/34 quittera la base pour Montdidier dans la Somme, le 11 avril 1940.

Les bombardements allemands de 1940

Le 10 mai 1940, à l'aube, la BA 102 va subir le premier bombardement de son histoire. L'offensive généralisée de l'Allemagne sur de nombreux terrains de l'est, n'épargne pas la base. Trois Heinkel 111, larguent quelques bombes sans faire de gros dégâts. Il va en être tout autre pour une nouvelle attaque dans le milieu de l'après midi par les Heinkel , larguant bombes explosives et incendiaires sur hangars et ateliers divers. 5 militaires français y perdront la vie .

Une nouvelle attaque a lieu le 14 mai, en fin de matinée, par 10 bimoteurs Jumbas 88, larguant une quarantaine de bombes, provoquant un spectaculaire incendie du fameux hangar Dubois, où se trouvaient stationnés de nombreux avions : Potez 63-11, Bloch 200, Potez 25, avions estafette...... Un Heinkel 111 de reconnaissance, venu photographier les dommages causés par ce bombardement fût abattu par la chasse française à Fougerolles (Haute Saône) dès 12h30. On pu récupérer dans l'avion des photographies de cette reconnaissance.

 

L'occupation allemande

A la mi juin, la base est totalement évacuée par l'armée de l'air, et le 17 juin, elle est investie par les fantassins de la Wehrmacht .

Dans un premier temps et jusqu'au printemps 41, le terrain servira de camp de prisonniers de guerre en transit pour l'Allemagne.

Ils seront quelques 35 000 à y séjourner dans des conditions déplorables. Mais rapidement, la base sera investie par la Luftwaffe, qui installe

pour tout le reste de l'occupation, la Flieghorst Kommandantur 17/ VII. L'occupant s'atèle rapidement à la remise en état de la base, ainsi qu'à la poursuite de la construction d'une piste d'envol en dur, commencée par les français début 1940.

L'activité aérienne va pouvoir reprendre en mars 1941, avec l'arrivée des 3 escadrilles Kampfgeschwader IV/55, équipé du bimoteur Heinkel 111. Ils s'agit d'une école de pilotage spécialisée pour la formation et le perfectionnement aux techniques de bombardement et de navigation.

Les missions quotidiennes d'entrainement au bombardement s'effectueront à l'aide des bombes en béton de 250 kg, le KG IV/55 effectuera des bombardements de nuit sur l'Angleterre à partir du printemps 1941. L'unité paiera un lourd tribu avec la perte d'une centaine d'hommes jusqu'à son départ de Dijon au mois de mai 1944. 

 

En mars 1943, une nouvelle unité arrive sur le terrain, la II/NJ44 , unité de chasse de nuit équipée successivement du Messerschmitt BF 110, du Dornier DO 217 et de Junkers 88 durant l'été 44, tous équipés d'antennes radar. Les missions de nuit étaient guidées par la station radar " Dackel" installée sur les hauteurs de Saint Jean de Bœuf, dans la vallée de l'Ouche. D'autres avions, remarquables par leur dimension d'exception ont stationné sur la base de 1942 à 1944 : planeur lourd ME 321, gros porteur à 6 moteurs ME 323 "Gigant", et HE 111 Z, avion hybride, pentamoteurs, prévu pour le remorquage de planeurs.

Bombardements et attaques alliées en 1944

Le premier bombardement américain a lieu le 28 mars 1944 en vue de la destruction des installations de la chasse de nuit ,et des ateliers de réparation. 117 forteresses volantes vont déverser en début d'après midi, 283 tonnes de bombes, soit 902 bombes explosives et 1718 incendiaires, dont certaines, poussées par un fort vent du nord, tomberont à l'extérieur de la base. Les dégâts infligés aux installations étant jugés insuffisants, un nouveau bombardement est programmé le 25 avril. 121 B-17,forteresses volantes, escortés par des P-51 Mustang,  attaquent de nouveau les installations pendant une dizaine de minutes, déversant 307 tonnes de bombes entraînant d'importants dégâts, privant la base d'eau et d'électricité, et détruisant les installations de la chasse de nuit, 7 hangars et 15 avions détruits. Une nouvelle et dernière attaque a lieu le 14 août par 83 B-24 Libérator, finissant d'anéantir la base par le largage de 3000 bombes ! Deux derniers "strating" sont effectué le 25 aôut par des P.47 et P.38 qui détruisent plusieurs JU 52.

L'occupant quitte la base le 10 septembre, après avoir fait sauter les rares installations ayant échappés aux différents bombardements.

Le retour des alliés 

La ville de Dijon est libérée le 11 septembre 1944. Dès le lendemain, les premiers éléments français découvrent une base dévastée, où tout est à reconstruire. Malgré cela, le 18 septembre, un " Hurricane", frappé des cocardes françaises, parvient à s'y poser en provenance de Lyon. Son pilote, le commandant de la 1ère escadre venu vérifier l'état de la piste en vue de la prochaine arrivée de cette escadre.

Et de ce fait, quatre jours plus tard, le GC 1/7, premier groupe de l'escadre, arrive à Dijon avec ses 22 "Spitfire " MK 9, rapidement suivi de ceux du GC 2/7. Le 7 septembre, c'est au tour du GC 1/3 d'arriver sur la base. Les premières escadrilles, marquant la renaissance des ailes françaises à Dijon , étaient les mêmes, qui, cinq ans auparavant, s'étaient envolées du même terrain pour combattre l'ennemi. Le Vickers Supermarine " Spitfire" , qui les équipent, est certainement l'avion le plus mythique construit par l'Angleterre pendant la guerre. Construit à quelques 20 000 exemplaires, il était équipé d'un moteur Rolls Royce "Griffon" 2490 cv, lui confèrant une vitesse maximum de 640 km/h à une altitude de 11 300 m et armé de 8 mitrailleuses Browning de 7,7 mm et de deux canons Hispano de 20 mm installés dans les ailes. Peu de missions seront effectuées, les avions de la 1ère escadre rejoignant Luxeuil, leur nouveau port d'attache dès le 27 septembre.

Sa première escadrille, la SAL 33, rendue célèbre par Antoine de Saint Exupéry, est une escadrille de reconnaissance stratégique, équipée d'un autre avion tout aussi célèbre, le Lockheed F.5B "Lightning", version reconnaissance du P.38 . Avion bi fuselage, il était propulsé par deux moteurs Allison de 1150 cv lui permettant d'atteindre les 700 km/h.

La 2ème escadrille du GR 2/33, la SAL 6 "Mouette", est équipée de "Spitfire" MK 5, effectuera de nombreuses reconnaissances durant son séjour sur la base et qui prendra fin le 18 octobre. Après le départ de la 1ère escadrille pour Nancy, place est faite pour les ailes étoilées de l'USAF (US Air Force). Le 16 novembre 1944, la base est officiellement recrée, prenant le nom de "Base Aérienne Equipée 102" sous le commandement du commandant Chardonnot. Avec une mission principalement territoriale, elle est composée d'un "détachement de BA", d'une compagnie régionale de transport automobile (CRTA), du magasin régional d'habillement, de l'escadrille de liaison aérienne de la 1ère région aérienne et d'une brigade de gendarmerie.

Les unités américaines

Dès la libération, le génie de l'air avait entrepris activement la reconstruction de la base, bien vite secondé par une unité américaine spécialisée dans la réfection des aérodromes. Le plus urgent était la construction d'une piste pouvant accueillir des bombardiers. C'est ainsi que la piste, construite par les allemands, va être restaurée et agrandie au Nord et au Sud par des "over runs" constitué de plaques métalliques perforées PSP (Pierced Steel Planking), le portant à 1 800m de longueur, et entrainant de ce fait la coupure définitive de la route reliant Dijon à Saint Jean de Losne. Une trentaine d'alvéoles sont construites desservies par un important taxiway circulaire.


C'est tout d'abord trois unités de reconnaissance de l'USAF qui arrivent à Dijon les 23 et 24 Septembre : le 111th TRS (Tactical Reconnaissance Squadron), et 162nd TRS équipé de la version reco du Mustang (F.6) et au 34th PRS (Photographic Reconnaissance Squadron) équipé de Lockheed F-SB "Lightning"


 Enfin, arrive le 25 Septembre, une unité de chasse de nuit, le 455 NFS (Night Fighter Squadron) équipée d'un avion anglais, le Bristol "Beaufighter" NF6, qui, dès le 27 Septembre, obtient sa première victoire à Dijon, en abattant un Focke Wulf 200 "Condor" à Saint Nicolas les Citeaux. L'activité aérienne va considérablement s'accroitre fin novembre, après le départ des escadrilles de reconnaissance, par l'arrivée de deux importants groupe de bombardement, les 17th et 320th BG (Bomb Group), rattaché 42nd BW (Bomb Wing) installé à Domois. Ses quelques 200  B.26 "Marauder" seront répartis sur l'ensemble des alvéoles récemment construites et devant les hangars en cours de restauration.

Le B26 "Marauder" est propulsé par deux moteurs Pratt et Whitney de 1920 cv, lui permettant de faire voler ses 17 tonnes à 450 km/h avec un rayon d'action de 1850 km. Parallèlement à l'arrivée de ces groupes, une dizaine d'unités de support, et autres, prennent place sur le terrain qui prend le nom de base Y-9. Un village de tentes est installé pour loger une partie du personnel, d'autres logeant dans les communes avoisinantes de la base. Les missions afférant à ces deux groupes de bombardement consistaient à la destruction des voies de communications terrestres et fluviales, ponts, dépôts de matériel et de munitions, en attaques diurnes uniquement.

Les deux premières missions ont lieu le 1er décembre, en vue de la destruction du pont de Brisach sur le Rhin et du pont ferroviaire de Rastatt. L'activité aérienne fût des plus intense au cours des premiers mois de 1945, avec un record en mars pour le 320th B4 qui effectue 45 missions en 976 sorties. Du fait de son intense activité, le 42nd BG décide de transférer à Dole, base Y-7, ce groupe, qui aura , durant son bref séjour à Dijon, réalisé 110 missions en 2229 sorties. Pour le seul groupe restant à Dijon, le 17th BG, le mois d'avril aura été le mois le plus actif avec 58 missions en 1242 sorties. Sa dernière mission de guerre, aura lieu le 1er mai pour le bombardement des positions ennemis toujours tenues à l'île d'Oléron. Le 9 mai, les "Marauder" du 17th BG participent au défilé de la victoire, par un vol au ras des toitures dijonnaises, prélude à leur départ définitif pour l'Autriche le 31 mai. Au départ des aviateurs américains, seule la section de liaison aérienne 88, future ELA 41, assure une activité aérienne sur la base, au profit de la 1ère Région Aérienne installée en ville.

Cette unité équipée du bimoteur Caudron "Goéland" et de monomoteurs d'origine allemande MS 500 et Nord 1000. Elle sera rejointe au mois de novembre par le GC 1/3 " Corse" et ses DH "Mosquito" FB 6, bimoteur anglais puissamment armé de 4 canons "Hispano" de 20 mm et de 4 mitrailleuses "Browning" de 7,7 mm, pouvant atteindre les 600 km/h avec ses moteurs Rolls Royce "Merlin" de 1480 cv. En juin 1946, ce groupe est rejoint par le GR 1/20 "Lorraine" et ses "Mosquito" PR 16 formant ainsi la 50ème escadre mixte dont l'état major s'installe à Dijon. Il y demeurera jusqu'en octobre, date de son transfert au Maroc. Sous l'appellation de détachement de base aérienne, elle ouvre ses portes pour la première fois de l'après guerre au public avec l'organisation de la "Fête nationale de l'air", le 6 juillet 1947, en étroite collaboration avec l'aéro club de la Côte d'Or installé sur le terrain.


                                                   1949 DEBUT DE L'ERE DE LA CHASSE

L'avènement de la 2ème Escadre de Chasse

L'année 1949 constitue une date capitale dans l'histoire de la base, devenant base phare de l'armée de l'air avec l'arrivée de la 2ème Escadre de Chasse et de ses avions à réaction. Devenant base aérienne tactique (BAT 102)le 1er avril 1949, dirigée par le colonel Menu, elle est composée des éléments suivants : le bataillon de l'air 1/102, le parc de base aérienne 202, la 2ème escadre de chasse et le CICOA 910(  ) , l'ELA 41, la STR 929 et le contrôle local d'aérodrome (CLA).

Bien entendu, l’événement marquant est l'arrivée de la 2ème escadre de chasse en provenance de Coblence au cours du mois de juin 1949,elle vient d'être choisie pour être la première unité française à être équipée de chasseurs à réaction, le De Haviland 100 "Vampire". Chasseur bipoutre construit en Angleterre, équipé d'un réacteur Goblin de 1360 cv avec 4 canons de 20 mm. Elle compta alors 2 groupes issus des FAFL ,GC1/2 "Cigognes" et GC 3/2 "Alsace", dont la notoriété rend ce choix légitime. Les pilotes après leur transformation sur avions à réaction du Ctar de Mont de Marsan, vont convoyer leurs nouvelles montures, des "Vampires" MK 5 d'Angleterre à Dijon au début du mois de juin. En juillet, les GC 1/2 "Cigognes" et 3/2 "Alsace" disposant de leurs dotations complètes de 32 avions peuvent désormais assurer leurs missions qui leur est dévolue : entraînement à la chasse, exercice de tir, vol en patrouille, escorte et participer à leur première manœuvre en Angleterre du 20 au 26 septembre. En octobre, les 2 groupes deviennent "escadrons" et l'escadre se renforce d'un troisième escadron, l'EC 3/2 "Alsace" ( Spa 31 et 94, rapidement remplacés par les Spa 57 et 65). En avril 1951, le "Côte d'Or" devient l'EC 2/2 et "l'Alsace" devient l'EC 3/2.


Patrouilles acrobatiques sur Vampire

L'escadre, fière de ses "Vampire", veut montrer ses possibilités d'effectuer des vols acrobatiques. C'est ainsi que le 1er mai, les "Vampire" des cigognes du commandant Le Groignec, effectuent une première prestation remarquée au meeting de Villacoublay, alors qu'une autre patrouille à sept avions mises sur pied par le commandant Gauthier, participe au grand meeting d'Orly du 11 juin. Autre patrouille créée par le commandant Delochard du "Côte d'Or", les " " à quatre avions, vedette montante des meetings de l'époque. Le mois de juin 1953 marque la fin des "Vampire" dijonnais, qui, durant quatre ans, se sont produits plus de trente fois tant en France, qu'en Afrique du Nord et à l'étranger. La deuxième escadre aura réalisé quelques vingt-cinq milles heures de vol, malheureusement endeuillées par de fréquents accidents mortels.

L'école des contrôleurs aériens, centre d'instruction des contrôleurs d'opérations aériennes

L'année 1949 a vu également l'implantation d'une grande unité, le Cicoa 930 à vocation de formation des personnels officier, sous officier, destinés à servir dans les diverses stations de l'hexagone. Il s'installe dans le bâtiment 80 où sont mises sur pied des salles d'opérations fictives, tout en disposant à l'Est de la base d'une petite station radar, indicatif "Donnay Radar", destinée à l'instruction pratique et à l'entrainement aux interceptions avec les avions de l'escadre ou avec ses propres avions.

De 1949 à 1978, date de son départ pour Mont-de-Marsan, avec l'appellation CICOCCA 910 (CA pour circulation aérienne), cette unité aura dispensé quelques 70000 heures de cours, réalisé 49040 interceptions et 20000 heures de vol à l'actif de ses propres moyens aériens.


1953 : débuts de l'épopée des avions Marcel Dassault

En 1949, l'industrie aéronautique française n'étant pas en mesure de fabriquer en série des avions de chasse à réaction, l'armée de l'air avait dû se tourner vers l'Angleterre pour les "Vampire" en vue de l'équipement de ses escadrilles de chasse. Mais rapidement, l'industrie aéronautique va combler son retard sous l'impulsion de Marcel Bloch, constructeur d'avions dès 1930, qui, au retour de déportation, et après avoir pris le nom Marcel Dassault, fonde en 1946, la Société des Avions Marcel Dassault. L'étude d'un chasseur à réaction, aboutit en 1948, à la réalisation au prototype MD 450 "Ouragan" qui effectue son premier vol en février 1949. Dès lors, 175 "Ouragan" sont commandés pour l'équipement des unités de chasse françaises. Chasseur de six tonnes, il est équipé d'un réacteur Rolls Royce "Nene" de 2270 kilos/poussée, qui lui permet de voler à 930 km/h et d'atteindre 14000m d'altitude. Son armement est composé de quatre canons de 20mm HS 404 et de seize roquettes T.10 montées les voilures. La deuxième escadre va recevoir ses premiers "Ouragan" au cours de l'été 1953. Les premiers pilotes "transformés" à Mont-de-Marsan livrent les dix premiers appareils le 10 juillet. Dès le 14 juillet suivant, ils prennent part au défilé aérien au dessus de la capital. En fin d'année, les trois escadrons, 1/2 Cigognes, 2/2 Côte d'Or et 3/2 Alsace alignent 75 avions opérationnels. Rapidement, les pilotes vont devoir se perfectionner au tir aérien, au cours de campagnes de tir effectuées à Cazaux où l'Ouragan s'avèrera être une bonne plateforme de tir. En 1954, la deuxième escadre est choisie pour prendre la suite de la toute nouvelle patrouille de France qui avait vu le jour l'année précédente à Reims les F-84G de la troisième escadre.

Cette formation va être constituée par six avions décorés sobrement de couleur rouge et porteur de leur numéro de série à l'avant du fuselage. C'est au capitaine Labaye que revient l'honneur de diriger cette formation faisant,de ce fait, la deuxième escadre d'un prestige plébiscité tout au long de ses quatorze démonstrations réalisées du 24 mai à Turin au 15 septembre à Chaumont. La 2è escadre va encore être mise à l'honneur durant les années "Ouragan" par la victoire réalisée le 2 août 1954 par le lieutenant Jean Marie Saget du 2/2 qui remporte la coupe Saint Exupéry en reliant Creil à Cannes à la vitesse de 908 km/h. Cette belle victoire et les qualités professionnelles de ce pilote, lui vaudront d'effectuer une brillante carrière de pilote d'essai chez Marcel Dassault. Autre belle victoire à l'actif du 2/2, avec le trophée St. Exupéry remporté le 28 août 1955 par le lieutenant Jeannin , effectuant le trajet Paris Cannes , à la vitesse moyenne de 895 km/h. Le 14 juillet de la même année, les "Ouragan" de l'escadre vont défiler pour la dernière fois au dessus des Champs Elysées. L'année 1956 voit la cessation progressive d'activités sur Ouragan, s'échelonnant de février pour l'EC 2/2 à juillet pour l'EC 1/2. Durant ces trois années d'utilisation de l'Ouragan, la 2è escadre aura effectuée 24 610 heures de vol. C'est également au cours de ces années, que la base est réorganisée suite à l'arrivée de nouvelles unités et à la création, en avril 1954, des brigades aériennes auxquelles la BA 102 est subordonnée. Dès lors, elle prend l'appellation de " 2ème brigade aérienne et base aérienne 102", commandée par le colonel Perdrizet. De plus sa superficie s'agrandit de 70 hectares, pris sur les communes d'Ouges et de Neuilly en vue de la création d'une deuxième piste rendue nécessaire avec l'arrivée de la nouvelle génération des chasseurs supersoniques. Au printemps 1955, débute la construction d'une piste aux normes OTAN, de 2400m X 45m,orientée nord sud, plus deux"over runs" de 100 m à chaque extrémité, avec bannières d'arrêt. Construite en un temps record, elle est inaugurée le 27 octobre 1955. Ainsi équipée, la base est prête à accueillir son premier chasseur supersonique, le "Mystère" IV A.

Les années "Mystère "IV A

Le 1er juillet 1956, la base prend le nom de " Base Aérienne d'Opérations, BAO 102", commandée par le colonel Bourdot. C'est au début de cette année, que l'EC 2/2, avec ses 2 escadrilles Spa 57 "Mouette" et Spa 65 "Chimère", a l'honneur d'être la première unité à être transformée sur le nouveau chasseur supersonique français. D'un poids de 7,7 tonnes, propulsé par un réacteur Hispano Suza "Verdon", il peut atteindre la vitesse de 1200 km/h.

Son armement se compose de deux canons DEFA 552 de 30 mm. Au mois de mai, le 2/2 Côte d'Or est déclaré opérationnel avec douze avions en compte. Dès lors, il participe à manœuvres, et campagne de tir à Cazaux et il survole le salon du Bourget le 2 juin 1956. Toutefois, l'existence de l'escadron sera éphémère, étant dissous le 1er novembre 1957, laissant place aux deux autres escadrons de l'escadre.

L'EC 3/2 "Alsace", après avoir reversé ses derniers "Ouragan" le 3 avril, est opérationnel sur Mystère IV A, au mois de mai et défile le 14 juillet au dessus de la base avec ses avions flambants neufs. Enfin, c'est au tour de l'EC 1/2 "Cigognes" d'être transformé au cours du mois de juillet.

Dès lors, la 2ème escadre est en mesure d'aligner 75 "Mystère" IV A,chiffre qui repassera à 60 après le départ de l'EC 2/2. Au mois d'août, l'EC 3/2 est à l'honneur, après l'obtention de la coupe St.Exupéry par l'adjudant Gille. Ainsi équipée, et opérationnelle, l'escadre va pouvoir pleinement assumer sa mission principale de Défense Aérienne, et participer avec les forces de l'OTAN, aux manœuvres et missions diverses. Mais deux événements majeurs marqueront les années "Mystère", la campagne de Suez et la création de la Patrouille de France.

- Campagne de Suez :

Seulement quatre mois après avoir été équipée de Mystère IV, l'escadre va être mise à l'épreuve lors du conflit de Suez.

 

Ces deux escadrons vont alors participer à ce qui est appelé "Opération 750". Dix huit avions, vont s'envoler le 27 octobre à destination de la base aérienne de Ramat David sous la conduite du commandant d'escadre, le lieutenant colonel Souviat.

C'est là que les Mystère IV vont revêtir les couleurs israeliennes et les escadrons devenir les Squadron 199 pour l'EC 1/2 et 201 pour l'EC 3/2, de l'armée de l'air israélienne, avec pour mission la défense des villes de l'état hébreu. Après cette opération de courte durée, les avions reviennent sur la base 102 à la fin novembre.

- Création de la Patrouille de France :

  Une fois encore, la base va renouer avec sa vocation de voltige avec la mise en place de la PAF, en tant qu'unité à part entière. Début 1957, le capitaine Capillon ( futur CEMAA ) chargé d'en être son leader, s'entoure de quatre pilotes expérimentés ( les lieutenants Castagnos et Arrault, et les sergents Souliers et Legros ), à fin de débuter le difficile entrainement à la voltige dès le le 17 février. Ses quatre avions revêtent pour la première fois, les couleurs nationales sur l'intrados et l'extrados des ailes. La "PAF"suffisamment entrainée, sera en mesure de faire sa première grande démonstration publique, en juin, lors du salon du Bourget, prélude à douze autres démonstrations durent l'été. L'année suivante, la PAF vole à cinq avions et inaugure le lâché de fumigènes, vu pour la  première fois à Paris pour le 14 juillet. Au cours des années suivantes, la PAF ne cessera de prendre de l'importance, volant jusqu'à douze avion en 1961, avec pour leader le capitaine Castagnos. Mais en 1961, ses jours sur la base sont comptés avec l'arrivée des premier Mirage. Le 31 janvier 1962 , la PAF s'envole pour une dernière fois à destination de Nancy où la 7éme EC est toujours équipée de Mystère. Durant ces 5 années à Dijon, la Patrouille de France aura à nouveau fait briller la notoriété de la base à travers ses  multiples représentations tant en France qu'à l'étranger, vedette incontournable de tout les meetings aériens.  

 


La 2éme escadre et les opérations en AFN

En 1956,l'état major de l'armée de l'air avait décidé de créer des escadrilles spécialisées dans l'appui au sol dans de la cadre des opérations de maintien de l'ordre en Algérie.

C'est ainsi que les escadres ont été appelées à parrainer ces nouvelles escadrilles du nom :

" d'escadrille d'aviation légère d'appui (EALA). l'EC 2/2 Côte d'Or, dissout à cette occasion,

est désigné pour parrainer les EALA 1/72 et 8/72 ( les Barons et les Cabots).

Pour sa nouvelle mission, qui lui est alors dévolue, l'avion a reçu blindage, 4 mitrailleuses MAC de 7,5 mm, rails pour roquettes et deux points d'encrage pour 2 bombes. Pilotes et mécaniciens doivent alors effectuer une courte période d'entraînement et de reprise en main d'avions à hélice et train classique, effectuée à Marrakech, en août 1956, avant de rejoindre leurs nouveaux ports d'attache : Setif pour l'EALA 1/72 et Tébessa pour l'EALA 8/72, d'où ils vont assumer leur mission d'observation et d'attaque au sol. A la fin de 1959, ces deux escadrilles sont regroupées sur la base de Paul Cazelles, donnant naissance à l'EALA 2/2, commandé par le lieutenant Champagnon, et forte d'une trentaine de T-6G. Dans le cadre de l'allègement des forces en Algérie, l'EALA 2/2 sera dissous le 31 janvier 1962, et son personnel rejoindra la 2è escadre.

 

 

                                                    1961 - 2011 : LES ANNEES MIRAGE

 

Le Mirage III 

En 1961, la base commandée par le colonel Simard, a un effectif de 2900 personnes réparties entre, d'une part les unités subordonnées au 1er CATAC de Lahr ( 2è EC, GMS 20/002, GMG 30/002, AMR 1/651, CICOCSA 910) et d'autre part celles subordonnées à la 1ère Région Aérienne de Dijon ( GT 102, STB 1/102, EMM 57/102, ELA 41, ETR 801, CRTA 20/351, EMRH 10/351,et musique de l'air).

C'est au cours de cette année, que la 2è escadre, va être la première unité à recevoir le fleuron de l'industrie aéronautique française, le Mirage III, à voilure delta et aux capacités de vol bisonique. Il est developpé depuis un petit bi-réacteur expérimental, le MD 550 "Mystère Delta" ayant effectué son premier vol le 25 juin 1955 et qui donna naissance au Mirage III C, prenant son envol le 17 novembre 1956. La version finale,Mirage III C, commandé par l'armée de l'air à 95 exemplaires, effectue son premier vol le 9 octobre 1960.

Premier avion à aile delta, utilisé par l'armée de l'air,d'un poids de 11,5t,, il peut atteindre Mach 2 et l'altitude de 24600 m avec l'appoint de la fusée SEPR 841 donnant une poussée supplémentaire de 1,5t au réacteur ATAR 9B de 6t de poussée avec PC. Son armement se compose de 2 canons DEFA 552 de 30mm, 2 missiles Sidewinder, ou Matra 550 Magic, sous les ailes et 1 Matra 511 ou 530 monté sous le fuselage et un lance roquettes JL 100R.   

Pour piloter un tel appareil, les pilotes devront s'adapter au pilotage de l'aile delta, du radar de bord Cyrano, de l'utilisation des missiles et de la fusée d'appoint. Les pilotes de l'EC 1/2, premier escadron à recevoir le Mirage, effectuent leur transformation à Mont de Marsan entre février et juillet 1961. Dès lors, ils sont en mesure de convoyer les trois premiers avions sur la base, le 8 juillet , occasion d'une belle cérémonie pour fêter l’événement. Au cours de l'été, l'escadron aura complété sa dotation de vingt appareils et ses pilotes auront parfait leur formation, expérimentant le vol fusée le 13 décembre, prélude à la célèbre journée du 19 décembre où toute la presse française et étrangère est présente, consacrant ainsi la brillante réalisation de l'industrie aéronautique française.

Les Mirages de"l'Alsace"

L'EC 1/2, commandé par le Cdt de Rousiers, une fois équipé, c'est au tour de l'EC 3/2 "Alsace" du capitaine CAPILLON, de recevoir ses Mirage, le premier arrivant sur la base dès le 4 décembre. Après sa dotation achevée au cours de l'été 1962, la deuxième escadre peut mettre en ligne 26 appareils. 

Des Fennec au milieu des Mirage :

Au cours de ce même été, l'EALA 3/9 "Numidie", avec ses quinze T-28 "Fennec" est rapatrié d'Algérie sur Dijon. Elle se compose de deux escadrilles la 7/72 "Fennec" et 12/72 "Moustique". Dès son arrivée sur la base, elle est réorganisée pour devenir l'ERALA 1/36 le 31 août. Elles aura pour mission, l'entrainement des pilotes de réserve portant sur des missions d'assaut, protection de convoi, reconnaissance, voire même, voltige. Sa présence sur la base sera éphémère, quittant Dijon pour Villacoublay.

La base en régime de croisière :

Le 1er septembre 1963, Brigade et BAO 102 disparaissent, donnant naissance à la Base Aérienne 102, commandée par la colonel Perceval. Dorénavant, la deuxième escadre, parfaitement opérationnelle et bien intégrée dans le système de défense européen, prend part aux exercices, interalliés de l'OTAN, et participe à une manifestation d'AIRCENT sur la base américaine de Chaumont en février 1964. Notons sa participation aux exercices Grand Slem, Coop Rebecca, Quick Sand,..... Les escadrons perçoivent chacun deux Mirage III B, avions biplace, destinés au perfectionnement des pilotes.

Effervescence sur la base du 1er au 11 septembre 1964 à l'occasion d'un échange d'escadron avec le 36th Tactical Fighter Squadron de Bitburg qui détache six imposants Republic F-105 D et F, alors que l'EC 1/2 envoie 4 Mirage III à Bitburg, permettant aux pilotes d'effectuer des missions fructueuses en enseignements.

Renaissance de l'EC 2/2 " Côte d'Or" :

Après 8 ans d'absence, l'EC 2/2 est recré le 1 avril 1965 sous les ordres du commandant Lagraula, retrouvant ses deux escadrilles de tradition, les SPA 57 "Mouette" et 65 " Chimère". A l'instar des deux autres escadrons, il reçoit 12 Mirage IIIC et deux biplaces pour la transformation pilote. Au cours de la cérémonie d'intronisation du 10 juillet, la fourragère de la médaille militaire est remise à la SPA 65 et celle de la Croix de guerre à la SPA 57. Devenu opérationnel, l'escadron renforce considérablement les capacités de la 2è escadre dans son rôle de défense aérienne.

Un an après son retour, l'escadron se voit confier le 1er avril 1966, une mission complémentaire à son rôle opérationnel, devenant une unité spécialisée pour la transformation et le perfectionnement au pilotage de chasseurs à ailes delta. De ce fait, l'unité change d'appellation , devenant Centre Instruction Mirage (CIMIR 00/329), changeant à nouveau de nom en juillet 1968, prenant l'appellation d'Escadron de Chasse et de Transformation ( ECT) 2/2 "Côte d'Or", toujours composé de deux escadrilles. Son rôle d'instruction et sa notoriété lui vaudront rapidement de prendre le nom d'académie de la Chasse. l'ECT 2/2 devient le passage obligé de tous les pilotes appelés à voler sur Mirage, tant français qu'étrangers dont les armées de l'air ont acquis ce fabuleux chasseur, qu'est le Mirage. Pour mener à bien sa mission de "transformation", l'escadron est doté au printemps 1966 d'une douzaine de Mirage IIIB, version biplace du Mirage III, en complément de quelques Mirage IIIC monoplaces pour le lâcher pilote en solo. En 1971, l'escadron recevra la version modernisée, le Mirage IIIBE dont il percevra 15 exemplaires, amenant sa dotation en avril 1972 à 32 avions ( 15 Mirage IIIBE, 12 Mirage IIIB et 5 Mirage IIIC).

L'accroissement des charges incombant à l'escadron, conduit à la création d'une troisième escadrille, la SPA 94 "Mort qui Fauche" sous le commandement du capitaine Charrin. L'effectif de l'escadron passe à 190. Le 23 octobre 1975, le départ du dernier Mirage IIIC, (le N°7/FD)sonne le glas de ce type de Mirage utilisé à la 2è escadre depuis 1961. L'escadron ne conservera plus que des monoplace pour le lâcher pilote, jusqu'en 1983 ou il percevra quelques Mirage IIIR, utilisé jusqu'en 1985.

L'Académie de Chasse de la BA 102 , durant 20 ans d'utilisation du Mirage, aura formé 1311 pilotes français, 216 pilotes étrangers de 16 nationalités différentes, totalisant plus de 100 000 heures de vol, quelques 300 000 atterrissages, sans avoir à déplorer aucun accident mortel. Le 27 juillet 1986, le tout dernier Mirage IIIBE, s'envole de la base pour rejoindre Colmar,clôturant 25 années d'utilisation du Mirage. Les Mirage III auront aussi participé au tournage de plusieurs épisodes du célèbre feuilleton télévisé, les Chevaliers du Ciel. Ainsi, pour quelques temps, pilotes et mécaniciens de l'escadre se sont transformés en acteurs de cinéma aux côtés des deux compères, Christian Marin, alias lieutenant Laverdure et Jacques Santi, alias lieutenant Tanguy. Ce fût une bonne occasion de réaliser de spectaculaires prises de vue avec les Mirage III des Cigognes. L'année suivante, la base sera le théatre du 1er circuit de vitesse de Bourgogne, organisé par l'Automobile Club de Bourgogne, où voitures de tourisme, de course de toutes formules, prototypes ou autres vont utiliser les pistes sur 3,4 km. L'exceptionnelle réussite de cette manifestation, conduira l'Automobile Club à la renouveler les trois années suivantes. En 1968, les "Cigognes" et l' "Alsace" vont se doter de la dernière version du Mirage, le IIIE. Cette version, tout en gardant sa mission traditionnelle d'intercepteur, tous temps, accroît sa polyvalence aux missions d'intervention à basse altitude et d'appui tactique, grâce à son nouvel équipement électronqiue, son radar Cyrano II multifonction et son radar Doppler de navigation Marconi monté sous l'avant du fuselage. En rapport avec la mise en service, un nouvel escadron voit le jour, le 1er février 1968, l' EMT 8/2 (escadron de maintenance technique) fort de quelques 200 spécialistes. Il a pour mission d'assurer les travaux de mise en oeuvre des premiers et deuxième échelons des Mirage de l'escadre et la maintenance des différents types de missiles.

L'EC 3/2 "Alsace" sera le premier escadron dijonnais à percevoir le Mirage IIIE, ses huit premiers avions arrivant sur la base le 27 septembre 1968, une fois pilotes et mécaniciens transformés durant l'été à la 13è escadre de Colmar. Dès le mois suivant, l'escadron équipé de ses quinze avions, assure à son tour la transformation des pilotes des "Cigognes" dont les premiers avions vont arriver le 28 octobre. Au printemps 1969, la 2è escadre, commandée par le commandant Pessidou, qui aligne trente avions répartis entre ses deux escadrons, peut alors assumer pleinement sa mission de défense aérienne, navigation basse altitude, tirs au sol .

Par la suite, de nombreux exercices nationaux et internationaux vont permettre de maintenir le haut niveau opérationnel des pilotes de l'escadre. Au cours des années Mirage IIIE, la base accueille à plusieurs reprises les chasseurs étrangers dans le cadre d'échanges d'escadron (Grande Bretagne, Allemagne, Belgique, Danemark, Italie) toujours très bénéfiques pour les participants.

 

La base aérienne 102 se "durcit" 

D'importants travaux de durcissement débutent en 1978, destinés à améliorer la protection des installations opérationnelles contre les attaques aériennes. Les travaux vont durer 7 ans, au cours desquels 20 hangars métalliques bétonnés de 400 m² chacun, seront construits avec des orientations différentes afin de réduire l'effet de souffle dû aux explosions des bombes. Dans la cadre de ce durcissement, les principaux points sensibles seront protégés par des merlons et des abris seront construits pour le personnels ainsi qu'un PC enterré. 

 

L'Adieu au Mirage III

Une des particularités des années Mirage III, aura certainement été l'utilisation de la fusée d'appoint SEPR, qui offrait une appréciable poussée supplémentaire d'1,5t permettant d'effectuer des accélérations et montées supplémentaires. Lors de ces vols, le pilote devait revêtir une combinaison et un casque spécifique, lui donnant tout l'air d'un cosmonaute.

Durant ses années d'utilisation, "Cigognes" et "Alsace", auront effectués 4500 vols fusée dont le dernier a été réalisé par le commandant Delcourt, commandant l'EC 1/2, le 20 décembre 1982. Un an plus tard, l'EC 1/2 célébrait le retrait du Mirage IIIE lors de la cérémonie d'adieu du 28 décembre 1983. Dès lors, seul l'EC 3/2 "Alsace" continuera de voler sur l'avion jusqu'en juillet 1985 où les tout derniers Mirage IIIE s'envolent définitivement de la plateforme dijonnaise.

 

                                       


                                                           LES ANNEES MIRAGE 2000

 

 

 

" Du Mirage 2000 RDM au Mirage 2000- 5F

Le Mirage 2000 appartient à la troisième génération d'avions de combats construits par Dassault à porter cet illustre nom " Mirage". Proche par son allure générale de ses prédécesseurs, il n'en demeure pas moins être un avion de chasse totalement nouveau avec une voilure redessinée et équipée de becs de bord d'attaque, une cabine équipée d'un viseur tête haute, un radar Doppler multifonction, des commandes de vol électriques, un système de navigation et d'armement (SNA) entièrement numérisé, un siège éjectable Martin Baker MR 10F catégorie 0.0, une perche de ravitaillement en vol. Son réacteur SNECMA M53 de 9t de poussée avec PC offrant la possibilité du vol à Mach 2.2. Le Mirage 2000 est armé de deux canons DEFA 554 de 30mm, avec possibilité d'emport en armement externe de 2 missiles MATRA Super 530F et 2 MATRA Magic 1 et Magic 2. Son plafond opérationnel est de 16 400m et la distance franchissable avec bidons externes et de 3500 km.

La version monoplace de défense aérienne désignée Mirage 2000C, commandé à 124 exemplaires par l'armée de l'air, effectue son premier vol le 20 novembre 1980 .

Une fois encore , la 2è escadre de chasse va être choisie pour être la première unité de chasse française à devoir le mettre en oeuvre / L'illustre escadron des "Cigognes", devant être la première unité à en être équipée, envoie pilotes et mécaniciens à Mont de Marsan en mars 1984 afin de pouvoir voler de ses propres ailes et de convoyer sa nouvelle monture à Dijon le 2 juillet 1984.

 

2 juillet 1984 : deux fêtes 

Date célèbre dans l'histoire de la BA 102, où l'on fête en grande pompe le 50è anniversaire de l'armée de l'air et la mise en service au sein de la 2è escadre du nouveau fleuron des avions Marcel Dassault. En plus des personnalités civiles, ministres, généraux, ingénieurs de l'armement, industriels, qui étaient présentes pour accueillir les premiers Mirage 2000 de défense aérienne frappés des Cigognes de Guynemer et de Fonck, un public nombreux était venu assister à cette belle cérémonie, clôturer par une rétrospective de 70 ans d'aviation militaire à Dijon, à travers les évolutions des Breguet XIV, Mystère IV et bien d'autres. Pour la première fois, le Mirage 2000, piloté par le capitaine Pons, faisait une présentation en vol de ses capacités devant un public ébahi. L'évènement devait être également marqué par la plantation de 2000 pieds de vigne, décidé par le commandant de la base, le colonel Pelisson. Un nouveau cru de Bourgogne était né , le "Clos Guynemer".

L'activité de la 2è escadre entrait alors dans une période transitoire, sachant que l'EC 3/2 et l'ECT 2/2 ne seront transformés 2000 qu'au cours des deux années suivantes. A la fin de l'année 1984, l'EC 1/2, après avoir reçu son complément de dotation, disposant de 12 monoplaces et 2 biplaces, expérimente pleinement ses nouvelles capacités opérationnelles. Dès le printemps suivant, l'escadron effectue sa première campagne de tirs sur la base de Solenzara, alors que l'EC 3/2 "Alsace" débute sa transformation après avoir réalisé 80 000 heures de vol durant ses 17 années d'utilisation du Mirage IIIE. Le 12 mars 1985, le lieutenant Saget, convoie depuis Mont de Marsan le premier Mirage 2000 aux couleurs de l'escadron. En juillet, "l'Alsace" faisait ses adieux au Mirage III et fêtait l'arrivée du Mirage 2000. L'escadron fait baptiser son premier Mirage 2000B avec pour parrain, le village bourguignon de Savigny les Beaune.

 

Le "Côte d'Or" sur 2000

En juin 1986, les derniers Mirage IIIB du 2/2 quittent la base. Ces avions totalisent 103 000 heures de vol, clôturant ainsi 25 ans de Mirage III au sein de la 2è escadre. La transformation sur leur nouvelle monture est effective, amenant ainsi l'escadre à être totalement opérationnelle sur 2000. Dorénavant, elle est subordonnée au CAFDA et commandée par le lieutenant colonel Wolszynski, futur CEMAA. Le "Côte d'Or", prend l'appellation d'escadron de chasse, l'EC 2/2, avec deux escadrilles, les SPA 57 "Mouette" et SPA 65 "Chimère". Son nouveau commandant est le commandant Abrial,  futur CEMAA.

 

Ambassadeur de l'armée de l'air

Le 1er juillet 1987, l'EC 2/2 "Côte d'Or", se voit confier la présentation en vol des Mirage 2000, assurée depuis 2 ans par le 3/2 "Alsace". Il s'agit de montrer les performances de l'avion et le savoir faire de nos pilotes au cours des manifestations aériennes françaises et étrangères. Durant 10 ans, le "Côte d'Or" continuera de porter haut la renommée de la 2è escadre et de la BA 102 tout entière, avec 13 pilotes sélectionnés parmi les meilleurs.

 

Une nouvelle donne pour la 2è escadre, le ravitaillement en vol

Les perches de ravitaillement en vol n'ayant été livrée qu'un an après l'arrivée des 2000, l'entraînement des pilotes à cet exercice périlleux ne pourra débuter qu'à la fin de l'année 1985 avec un Mirage 2000B des Cigognes. Par la suite, la formation sera assuré par le "Côte d'Or". Avec cette nouvelle pratique, une nouvelle dimension est donnée aux missions de défense aérienne de la 2è escadre. Dès lors, il est possible d'intervenir sur tous les points du globe dans le cadre de missions opérationnelles, manoeuvres, exercices, participation aux salons aéronautiques internationaux. Forte de ses trois escadrons, la 2è escadre a l'aptitude de réaliser des missions de sécurité aérienne, de défense aérienne du territoire national, d'assurer la permanence opérationnelle , et de participer aux opérations extérieures, tout en continuant d'assurer formation et transformation sur Mirage 2000.

 

Des faits et des évènements 

- Périple dans le sud est asiatique. Première destination lointaine pour les Mirage dijonnais, avec 18 000 km séprant Dijon de Djakarta, lors d'un salon aéronautique, où la "French Team" des capitaines Auduit et Saget fût la vedette incontestable.

- Un meeting sans précédent, se déroule le 10 juin 1989. A l'initiative du colonel Courthieu, commandant la base, ce meeting est le premier où le Mirage 2000 sera la vedette. Succès sans précédent, attirant plus de 100 000 visiteurs, venus applaudir un plateau des plus attractif, clôturé par un spectaculaire show aérien donné par le lieutenant Rose, présentateur du Mirage 2000.

- Première traversée transatlantique , le 11septembre 1989, réalisée par la 2è escadre de chasse. Cette mission s'effectue à l'occasion de la mise en place de 4 avions en Guyane dans le cadre de la responsabilité de la défense aérienne des territoires d'outre mer.

- Le 11 septembre 1990, l'EC 1/2 "Cigognes" fête ses 20 000 heures de vol réalisées depuis sa mise en service du Mirage 2000 .

- Premier détachement au Tchad, le 29 janvier 1992 avec 3 avions du 1/2, commandé par le commandant de Romemont. Installation à N'djamena  dans le cadre de l'opération Epervier, rejoint, quelques jours plus tard par deux autres Mirage de "l'Alsace".

-Une première pour la 2è escadre lors de l'exercice Red Flag, organisé sur la base de Nellis dans le Nevada (Usa) du 10 au 21 juillet 1992. Le commandant Tesnière, patron du 3/2 et du détachement composé de 4 avions, 16 pilotes et 30 mécaniciens.

- Les 80 ans de la BA 102 sont fêtés en juillet 1993, marquant l'acquisition des premiers terrains qui ouvrait la voie au camp d'aviation de Longvic, futur BA 102. Cette cérémonie placée sous l'autorité du général Subert, commandant la RANE ( région aérienne nord est) donne lieu à deux inaugurations:

* Un Mirage IIIE sur stèle, installé devant le PC Base, commémorant ses 25 années de service à la 2è escadre.

* Le Musée de la base, crée sous l'impulsion du colonel de Nomazy, commandant la base. 

 Ces deux évènements sont le reflet des belles pages d'histoire de la célèbre base Guynemer.

 Ce même été 1993 est marqué par le départ e l'EC 3/2 "Alsace" pour la base de Colmar après 44 ans de présence sur la BA 102.

- La BA 102, vitrine de l'armée de l'air, le 29 avril 1994 , lorsque le général Lanata, CEMAA, accueille sur la base le premier ministre Edouard Balladur et François Léotard, ministre de la défense pour une présentation des mâtériels utilisés par les différents commandements de l'armée de l'air, force aérienne stratégique et force aérienne de combat.

La 2è escadre fête ses 100 000 heures de vol sur Mirage 2000, le 9 septembre 1994,, effectués depuis 1984 et la création d'une troisième escadrille, la SPA 12. La cérémonie était présidée par le général Peron, commandant la FAC (Force Aérienne de Combat).

Le 21 juin 1995,après 46 ans de présence sur la base aérienne 102, la 2è escadre de chasse est dissoute, suite à la réorganisation de l'armée de l'air supprimant les escadres. Les deux escdrons, le 1/2 et le 2/2 deviennent autonomes, rattachés hiérarchiquement au commandant de la base.Ces restructurations entraînent le transfert sur la base de plusieurs grandes unités :

    * Le BCIAA 01/510 ( bureau central d'incorporation et d'archives de l'armée de l'air)

    * Le CARAA 31/510 ( centre d'administration de réserves de l'armée de l'air)

    * Le CFAC 00/516  ( commandement des fusilliers commandos de l'air), s'installant quartier Neuilly, devenu quartier Geille,sous le commandement du général Chabot. 

  

    * Le CIFC ( centre d'instruction des fusilliers commandos) venant d'Apt en 1998.

 

A l'automne 1995, l'Afrique du Sud organisait de grandes manifestations aériennes dans le cadre de son 70è anniversiare, et reçoit une délégation de l'armée de l'air française sous les ordres du lieutenant colonel Neret, commandant l'EC 2/2 avec 2 Mirage 2000B, 5 pilotes et 11 mécaniciens. Cette unité reçoit la visite de Nelson Mandela.

L'attachement de la Bourgogne à la BA 102, se concrétisait par deux parrainages des escadrons 1/2 et 2/2. Ainsi, le 25 octobre 1996, le conseil général de Côte d'Or devenait le parrain de l'EC 2/2 "Côte d'Or", suivi le 11 septembre 1998 par celui de la ville de Dijon pour l'EC 1/2 "Cigognes".

Les deux années suivantes, 1998 seront marquées par des changements importants. Ainsi, concernant le 2/2, après avoir formé plus de 600 pilotes sur Mirage 2000B, cède tous ses biplaces à la 5è escadre d'Orange le 1er juillet 1998 et perd ses missions de formation et de présentation en vol. Dorénavant, escadron de chasse à part entière, le "Côte d'Or" se voit doté de la version RDI (radar Doppler à impulsion) des Mirage 2000, plus performant que son prédécesseur grâce, notamment au réacteur SNECMA M53P2, lui conférant un appréciable gain de poussée. Ainsi équipé, le 2/2 va participer de janvier à juin 1999 à deux opérations extérieures, l'une en Irak depuis une base d'Arabie Saoudite de janvier à février dans le cadre de l'opération "Alysse", l'autre au Kosovo, depuis Istrana de Février à juin dans le cadre de l'opération "Trident". Et en septembre, il effectuera sa dernière mission avec ses Mirage 2000 RDI, lors d'un détachement au Qatar.

Concernant le 1/2, cet escadron se voit affecter en mai 1998, cinq Alphajet, pour compenser l'envoi régulier de ses 2000  en "retrofit" chez Dassault, et dans l'attente de l'arrivée de nouveaux Mirage 2000 en début d'année 1999.

Après 14 ans d'utilisation du Mirage 2000 RDM, l'escadron des "Cigognes" mettra fin à son utilisation pour ses dernières missions du mois de novembre 1998, parès avoir réalisé 143 500 heures de vol.

 

1999 : le dernier "cri" des Mirage 2000 pour la BA 102

Le Mirage 2000-5F, dernier né des usines Dassault, est prévu pour équiper l'EC 1/2. Ce sera fait dès le printemps 1999. Cet avion conçu à partir de cellules du Mirage 2000 RDI, est entièrement repensé pour devenir Mirage 2000- 5F, fleuron de l'industrie aéronautique française. Son poste de pilotage est équipé de 5 écrans de visualisation, et son nouveau radar CSF-Thomson RDY multifonctions lui permet de détecter simultanement 24 cibles et de "traiter" les 8 plus menaçantes. Outre ses deux canons de 30 mm, il peut être équipé sous voilure de 6 missiles MICAet MAGIC 2.D'autre part, sa voilure peut recevoir trois imposants réservoirs de carburant, lui permettant de voler 3 heures sans ravitaillement, doublant ainsi l'autonomie de son prédecesseur.

Après la transformation des 6 premiers pilotes de l'escadron 1/2 à Mont de Marsan, les premiers "tirets 5" sont convoyés sur la base de Dijon le 31 mars 1999, sous le commandement du lieutenant colonel de Longvilliers, commandant l'escadron. Après avoir perçu son quinzième avion, l'escadron est déclaré opérationnel en fin d'année. Et ce sera au cours de l'année 2000, que le 2/2 "Côte d'Or" sera à son tour équipé du nouvel intercepteur. La 2è escadre , ainsi équipée de ce prestigieux aéronef, est prête à assumer pleinement les missions qui lui sont dévolues.

L'escadron 2/2 accueille fin 1999, la première femme pilote de chasse de l'armée de l'air, le capitaine Caroline Aigle. Rapidement, ses qualités professionnelles autant que sa simplicité, lui valent estime et sympathie de tous. Chef de patrouille en 200', elle prend le commandement de la SPA 57 en 2005. Promue au grade commandant en 2006, elle rejoint la base de Metz. Etant sur le point d'être sélectionnée comme astronaute, elle tombe gravement malade et décède le 21 aôut 2007. Son nom restera gravé à jamais dans l'histoire de la BA 102.

 

Des Evènements importants sur la base

- Odax 2000 : Dans le cadre de cet exercice interallié, le "Côte d'Or" accueille le 23 avril , 5 Mirage émiriens, réalisant 32 sorties pleines d'enseignements pour les 2 parties.

- Anniversaire du 2/2 : Le 15 juillet 2000, l'escadron célébrait son 50è anniversaire, occasion d'une grande fête aérienne avec la venue d'un "Vampire", premier chasseur à réaction utilisé par l'escadron en 1950, piloté par Jean Marie Saget, grand ancien de l'unité et célèbre pilote d'essais.

Deux Mirage avaient reçu une décoration particulièrement réussie, en hommage aux 3 escadrilles de l'escadron, les SPA 57, 65,  et 94.

- Exercice Open 3 : Douze avions des 2 escadrons participent du 13 au 22 octobre 2003 à cet exercice sur le territoire national, mobilisant les forces terrestres, aériennes et navales autour d'un scénario de restauration de la paix.

- Un triple anniversaire : La BA 102 organisait le 27 juin 2004, un grand meeting pour fêter les 20 ans de la mise en service du Mirage 2000 , les 70 ans de l'armée de l'air et les 90 ans de la base aérienne Guynemer. Cette manifestation a attiré plus de    40 000 personnes , témoignant de l'attachement indéfectible des dijonnais et autres à leur base aérienne.

 

Changement à l'escadron "Côte d'Or" 

L'EC 2/2 "Côte d'Or" est officiellement dissous le 1er septembre 2007, pour devenir un escadron d'entraînement prenant l'appellation EE 2/2 "Côte d'Or" . Il est équipé de 16 Alphajet et conserve les escadrilles SPA 57 "Mouette" et SPA 65 "Chimère".

L'escadron est placé sous le commandement du commandant Aubé et sa mission principale consiste dans l'entraînement des missions plastron pour le Mirage 2000 et l'entraînement des pilotes abonnés.

 

Les "Cigognes" à Abu Dabi

Dans cet émirat du golfe Persique, l'armée de l'air française créee la base aérienne 104 près de la ville dAl Daphra le 1er septembre 2008 pour des raisons stratégiques et politiques. Le premier détachement à y être affecté est dévolu au 1/2 "Cigognes", qui y déploie pour 2 mois, à compter du 30 septembre, trois Mirage 2000-5F, accompagnés d'une soixantaine de militaires.

 

Le début de la fin pour la BA 102

Le 21 juin 2008, a lieu le dernier grand meeting de la BA 102, placé sous le slogan "Entrez dans la légende". Quelques 80 avions et les plus belles patrouilles acrobatiques du moment font la joie des quelques 35 000 visiteurs.

( Un chapitre sur les meetings de la BA 102 sera disponible prochainement)

Du 5 au 16 octobre 2010, un exercice remarqué par la venue sur la base de 6 puissants F-15 de l'armée de l'air d'Arabie Saoudite

pour se mesurer aux Mirage dijonnais. Cet exercice appelé Green Shield, sera le dernier pour l'escadron des "Cigognes".

Toujours en 2010, les Mirage du 1/2 effectuent un dernier vol transatlantique pour se rendre au Brésil où se tient l'exercice Crusex V du 8 au 20 novembre.

En 2011, le 1er janvier, la Base de Défense de Dijon est crée,commandée par le colonel Vigilant, commandant la BA 102 . La base est alors intégrée à cette base de défense englobant plusieurs formations militaires de la Côte d'Or.

Le 19 mars 2011, 2 Mirage 2000-5F décolle de la base à destination de la Lybie, dans le cadre de l'opération Harmattan, qui a pour but de créer une zone d'exclusion aérienne au dessus de ce pays. Cette missions devient ainsi la première mission de guerre dirigée depuis la BA 102.

Le 12 mai 2011, la base célèbre les 50 ans du Mirage sur la BA 102. La cérémonie est présidée par le major général de l'armée de l'air, le général Martel, suivie d'une prestation en vol et de la toute dernière présentation aérienne du Mirage 2000-5F.

Le 29 juillet 2011, les "Cigognes" s'envolent définitivement de la base Guynemer. En effet, cette date marque la fin de la présence du Mirage sur la base. L'EC 1/2 est transféré sur la base aérienne 116 de Luxeuil. Ainsi, c'est au cours de cette triste journée, que les 7 derniers Mirage 2000-5F s'envolent pour toujours des pistes de la base, prenant le cap de Luxeuil. Dorénavant, seuls les 15 Alphajet du 2/2 assurent la principale activité aérienne de la plateforme de Dijon, complétée par par l'arrivée de l'Escadron de Transport ET 41 "Verdun" transféré de la base de Metz. 

Le 27 août 2012, le Commandement des Forces Aériennes sous les ordres du général Soulet s'installe sur la base, venant de Metz, dans des bâtiments neufs ou entièrement restaurés. Cette unité, forte de 350 personnes, a pour mission la péparation opérationnelle des forces conventionnelles et spéciales de l'armée de l'air. Le CFA, est constiué d'un état major et quatre brigades dites "métiers" qui sont les brigades aériennes du contrôle de l'espace national, des forces de sécurité et d'intervention, de l'aviation de chasse et d'appui et de projection. Toutefois, la présence de cette grande unité sera éphémère, rejoignant la base de Bordeaux en 2016, dans la perspective de la fermeture totale programmée de la BA 102.

Le 28 juin 2014, les Alphajet du 2/2 s'envolent de la base à destination de la BA 120 de Cazaux, leur nouvelle affectation. De ce fait, ce transfert entraîne la fin de l'activité aérienne militaire de la BA 102 et le départ du personnel directement lié à cette activité. Ne restent plus sur la base que quelques unités dont le CPA 20 (commando parachutiste de l'air), l'EFLA et le BARAA (bureau des archives de l'armée de l'air).Cette dernière unité est la seule encore présente sur le site de la base à ce jour.

 

Une prsie d'armes, un adieu, un requiem

Le 30 juin 2016, une émouvante cérémonie est organisée pour l'ultime prise d'armes de la BA 102 "Capitaine Guynemer", clôturant 102 années d'excellence. Présidée par le général Soulet, commandant le CFA et le colonel Real, ultime commandant de la base, elle réunissait nombre de personnalités civiles et militaires venus rendre hommage à tous ceux qui, durant toutes ces décennies ont si bien su donner ses lettres de noblesse à cette illustre base.

Sur la piste, s'étaient donné rendez vous un Blériot XI, le premier aéroplane de 1914 avec un Alphajet de 2014.

A cette date, la fermeture de la base aérienne 102 est totale et le site est partager entre plusieurs entités militaires ou civiles .

Cent ans d'aviation militaire à Dijon se fermaient à jamais.

A ce jour, seule l'Association des Anciens et des Amis de la BA 102 perpétue et sauvegarde la mémoire de la base "Guynemer".

 

Bernard REGNIER, historien de la BA 102 et conseiller historique de l'association.